Loin d’être un problème récent, la fraude académique accompagne l’éducation depuis ses débuts. Mais l’essor de la technologie, et en particulier de l’intelligence artificielle, a fait sonner l’alarme dans le secteur éducatif.
L’IA générative, capable de répondre instantanément à des questions d’examen et de rédiger des textes complets, a bouleversé le paysage. Et, comme nous le verrons en détail, la fraude académique a des conséquences qui dépassent largement le plan économique.
C’est pourquoi, face à la malhonnêteté académique à l’ère numérique, les établissements du monde entier cherchent des solutions à un problème qui, faute d’être traité, peut entraîner des conséquences économiques, réputationnelles, voire juridiques.
Dans cet article, nous expliquons en détail ce qu’est la fraude académique, quels en sont les types et quelles sont les conséquences de ne pas la combattre. Nous revenons aussi sur des exemples récents de cas marquants liés à l’intelligence artificielle.
Enfin, nous expliquons comment lutter contre la fraude lors des examens numériques et le rôle décisif du proctoring pour y garantir l’intégrité académique.

Qu’est-ce que la fraude académique ?
De manière générale, la fraude académique désigne les pratiques contraires à l’éthique dans un contexte éducatif. Ces stratégies frauduleuses, destinées à réussir un examen, résoudre des exercices ou rédiger un mémoire, voire une thèse de doctorat, nuisent aussi bien aux étudiants qu’aux établissements.
D’abord parce que les étudiants n’acquièrent pas les connaissances prévues par leur formation ; ensuite parce que la fraude peut dévaloriser les diplômes des universités et des organismes de formation, avec toutes les conséquences que cela implique.
La fraude académique à travers l’histoire
La malhonnêteté académique accompagne l’éducation et la recherche depuis leurs origines, motivée par la recherche de bonnes notes ou de prestige.
L’histoire regorge de supercheries documentées, de l’homme de Piltdown, l’une des plus grandes fraudes de l’histoire de la paléoanthropologie, au scandale qui a touché en 2014 l’examen d’aptitude des officiers chargés des missiles nucléaires aux États-Unis : 34 officiers ont été suspendus après avoir reçu les bonnes réponses par SMS.
En 2020, le quotidien espagnol ABC rapportait que plus de 2 000 articles scientifiques avaient été retirés au cours des cinquante dernières années parce que la communauté scientifique les jugeait frauduleux. Ce constat montre la nécessité de mécanismes capables de repérer la fraude avant qu’elle ne se produise.
Avec l’essor des nouvelles technologies, les possibilités de fraude se sont multipliées, en particulier avec l’arrivée de l’intelligence artificielle et de chatbots comme ChatGPT, Perplexity, Copilot ou Gemini, capables notamment de générer des réponses immédiates à un examen ou de rédiger des textes universitaires.
Comme l’indiquent Himendra Balalle et Sachini Pannilage dans leur étude publiée sur ScienceDirect, l’intelligence artificielle représente un risque pour l’écosystème éducatif lorsqu’il s’agit de préserver l’intégrité académique.
Si l’IA a révolutionné l’enseignement en matière de possibilités pédagogiques et de personnalisation, il est indispensable de prévenir son utilisation à des fins frauduleuses.
Les types de fraude académique
La fraude académique recouvre différentes pratiques malhonnêtes, du plagiat à l’usurpation d’identité, en passant par l’achat de travaux ou la fabrication de données. Passons en revue les principaux cas du point de vue des étudiants.
La falsification de documents
Dans le domaine éducatif, la falsification désigne la modification ou la création de faux diplômes, titres ou certificats, présentés comme authentiques pour accéder à certains programmes ou à certains emplois.
La falsification de documents n’est pas seulement une pratique courante : c’est un service qui s’achète facilement en ligne. D’où l’importance de vérifier la légitimité des diplômes et des certifications, un domaine transformé par la technologie blockchain.
Le plagiat
Dans un contexte académique, le plagiat consiste à s’approprier ou à reproduire des créations intellectuelles originales sans en citer l’auteur.
L’intelligence artificielle a ouvert un débat sur la propriété intellectuelle, car les chatbots permettent de reformuler très facilement un texte pour passer les filtres des détecteurs d’originalité. Un utilisateur peut ainsi faire passer la réflexion d’un autre auteur pour la sienne.
L’usurpation d’identité
Dans l’éducation, l’usurpation d’identité consiste à se faire passer pour une autre personne afin de réussir un examen. La pratique a toujours existé, mais elle a gagné du terrain avec l’essor des examens à distance.
Lors des examens en salle, les étudiants devaient trouver une personne leur ressemblant physiquement pour les remplacer.
Mais sans système d’authentification des utilisateurs, les examens en ligne offrent un terrain idéal pour se faire remplacer et obtenir la moyenne.
L’achat de travaux
L’achat et la vente de mémoires de licence, de master, etc. sont devenus un marché à part entière. Il suffit de faire une recherche en ligne pour trouver de nombreux sites qui proposent d’acheter des thèses et des travaux universitaires à présenter et soutenir comme siens.
Acheter un mémoire ou une thèse n’est pas en soi un délit, mais le présenter comme son propre travail peut entraîner diverses sanctions et, dans le pire des cas, le retrait du diplôme.
La fabrication de données
Ce type de fraude consiste à falsifier des données, des résultats ou des citations pour étayer un argument ou fausser les résultats d’un projet de recherche.

Copier
De manière générale, « copier » consiste à reproduire des informations obtenues par des moyens non autorisés pour réussir un examen. Cela inclut, sans s’y limiter, le fait de consulter ses notes ou de regarder les réponses d’un camarade pour les reproduire.
À mesure que la technologie progresse, les moyens d’obtenir discrètement les réponses d’un examen se multiplient. Outre ses nombreux apports à l’éducation, l’intelligence artificielle offre aux étudiants des réponses immédiates et, souvent, correctes.
Si les examens sur papier sont généralement surveillés sur place, les avancées technologiques posent de nouveaux défis aux établissements qui évaluent leurs étudiants sur support numérique, en salle comme à distance.
Et les chatbots ne sont pas le seul moyen de copier : les dernières innovations, comme les lunettes dotées d’intelligence artificielle, montrent la nécessité d’adopter des solutions de proctoring efficaces.
Le coût de la triche pour le secteur éducatif
Copier, comme les autres formes de fraude académique, a pour les établissements un coût qui dépasse le seul aspect économique. Voyons ses conséquences une par une.
Le coût économique
La triche aux examens entraîne un coût économique pour les établissements, pour plusieurs raisons :
- Gaspillage de ressources : les moyens consacrés au recrutement des enseignants, à la création de supports pédagogiques ou à la gestion des plateformes perdent leur efficacité lorsque des étudiants choisissent la voie de la fraude.
- Baisse des inscriptions : si un établissement est associé à la malhonnêteté académique, ses diplômes perdent de la valeur et les étudiants peuvent s’inscrire ailleurs. De plus, faute d’avoir acquis les compétences attendues, les étudiants qui copient risquent d’échouer les années suivantes, ce qui peut se traduire par une hausse du taux d’abandon.
- Dépenses de marketing et de publicité : les établissements où la triche est possible peuvent voir leur réputation et leurs inscriptions affectées. Il leur faut alors investir davantage en marketing pour redresser la situation.
- Moins de dons : les établissements qui ne s’attaquent pas à la fraude académique peuvent perdre des dons essentiels à leur fonctionnement.
- Perte de financements pour la recherche : une université qui ne combat pas la fraude risque de perdre le soutien des institutions, organisations et entreprises qui financent ses projets de recherche.
- Coût des enquêtes : enquêter sur la fraude académique est un travail lourd, qui peut mobiliser de nombreuses heures de travail des équipes.
Le coût réputationnel
Les rumeurs et scandales sur la possibilité de tricher dans un établissement dévalorisent sa réputation et son image de marque, ce qui affecte sa crédibilité et son avenir.
Une culture de la malhonnêteté académique peut, par exemple, faire reculer une université dans les classements nationaux et internationaux, avec des conséquences sur les inscriptions.
Le coût juridique et les sanctions
La triche aux examens peut entraîner des sanctions pour les établissements. Dans les cas les plus graves, ceux qui présentent de sérieuses défaillances dans le contrôle de l’intégrité académique peuvent même perdre leur accréditation.
Lutter contre la fraude aux examens est essentiel. Encore faut-il disposer de preuves solides, car une accusation infondée ou insuffisamment étayée peut, elle aussi, déclencher des procédures judiciaires coûteuses pour la réputation et les finances de l’établissement.
Comme nous le verrons plus loin, les solutions de proctoring jouent un rôle clé pour documenter les pratiques malhonnêtes lors des examens numériques.
Les établissements en sont conscients et sont de plus en plus nombreux à s’équiper de solutions de surveillance des examens numériques. Aux États-Unis et au Canada, selon l’étude de George Veletsianos, le taux d’adoption du proctoring atteignait déjà près de 63 % en 2021.
La malhonnêteté académique aux examens en chiffres
Comme nous l’avons vu, la triche est aussi ancienne que les examens. L’enquête de Donald McCabe, l’un des fondateurs de l’International Center for Academic Integrity (ICAI), menée auprès de 70 000 élèves de 24 lycées américains, a conclu que 64 % d’entre eux avaient copié lors d’un examen.
En 2020, l’ICAI a renouvelé l’enquête auprès de 840 étudiants de différents campus : 29 % avaient copié lors d’un examen. L’échantillon est plus réduit et le pourcentage nettement plus faible, mais les chiffres restent préoccupants pour les établissements.
L’arrivée de l’intelligence artificielle a marqué un tournant pour le secteur éducatif, qui cherche à adapter ses évaluations pour lutter contre la fraude. Selon The Guardian, des milliers d’étudiants au Royaume-Uni ont tenté de tricher à l’aide de l’IA ces dernières années.
Une enquête récente sur l’intégrité académique a établi que 5,1 étudiants sur 1 000 avaient triché avec l’intelligence artificielle en 2023-2024 (cas avérés), contre 1,6 en 2022-2023.
Ce chiffre est logique si l’on tient compte du fait que ChatGPT a été lancé fin 2022, et que d’autres assistants ont suivi en 2023. Il faut aussi rappeler que le chiffre ne concerne que les cas détectés, et non l’ensemble des fraudes.
Pour 2025, le quotidien britannique anticipait 7,5 étudiants sur 1 000, mais selon les experts, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Selon la plateforme GoStudent, 33 % des étudiants reconnaissent avoir utilisé l’IA précisément pour tricher.
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7 exemples récents de fraude académique avec l’IA aux examens
La fraude aux examens est un problème mondial, dans l’éducation comme dans tous les contextes où les évaluations jouent un rôle déterminant.
Voici quelques cas réels récents, qui montrent l’ampleur du problème et ses conséquences réputationnelles et économiques.
- En Argentine, des lunettes connectées ont déclenché un scandale lors de l’examen d’entrée aux résidences médicales du système de santé national. Le ministère de la Santé a constaté des résultats anormalement élevés et a convoqué une nouvelle épreuve. Les soupçons sont nés de la diffusion virale de la vidéo d’un candidat qui avait réussi à filmer les questions.
- Toujours en Argentine, un policier a utilisé des lunettes dotées d’IA lors d’une épreuve de promotion. La tentative de fraude découverte, il a été écarté de ses fonctions.
- En Italie, une université a fait repasser un examen après avoir détecté un usage massif de ChatGPT. Faute de pouvoir identifier les étudiants concernés malgré les preuves d’utilisation de l’IA, les enseignants ont décidé d’annuler l’épreuve et de la refaire.
- En Belgique, plus de 5 000 copies de l’examen d’entrée en médecine ont été réexaminées après que trois candidats ont été surpris en train de tricher. Ces sessions, qui affichaient un taux de réussite bien plus élevé que d’habitude, ont donné lieu à une enquête approfondie menée par des experts informatiques, chargés d’analyser tous les ordinateurs utilisés. Le scandale s’est soldé par la démission du président du comité d’organisation.
- En Inde, un ingénieur a utilisé ChatGPT pour obtenir les réponses de deux questionnaires de la Commission de la fonction publique, avant de les transmettre par Bluetooth aux candidats contre de l’argent. Les sujets lui auraient été envoyés par l’examinateur dix minutes après le début des épreuves.
- Au Viêt Nam, un élève a été accusé d’avoir transmis à un ami les questions d’un examen de littérature pour obtenir les réponses via ChatGPT. Lors d’une conférence de presse, les autorités ont indiqué avoir identifié trois autres élèves qui, dans d’autres établissements, avaient envoyé des photos de leurs sujets à des plateformes d’IA pour obtenir les réponses.
- Aux États-Unis, une université a exclu un doctorant accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle lors d’un examen, au motif que le ton de ses réponses ne correspondait pas au sien. L’étudiant a nié avoir eu recours à l’IA ; son recours a été rejeté, ce qui a débouché sur une procédure judiciaire.
Ces cas illustrent les conséquences de la malhonnêteté académique à l’ère de l’intelligence artificielle, mais aussi l’importance de disposer de preuves fiables pour justifier d’éventuelles sanctions et éviter litiges et scandales médiatiques.

Comment lutter contre la fraude académique lors des examens numériques
Si l’intelligence artificielle sert à frauder, elle sert aussi à l’empêcher. De plus en plus d’établissements utilisent des solutions de proctoring fondées sur l’IA, pour leur capacité à repérer des schémas et des comportements suspects.
Plutôt que de prendre des mesures radicales, comme en Chine, où des fonctions d’IA comme Doubao, Yuanbao ou Kimi ont été désactivées pendant le concours d’entrée à l’université (le gaokao), les solutions de proctoring permettent de surveiller uniquement ce qui se passe pendant les examens numériques.
Le proctoring comme réponse à la fraude académique
Les technologies de surveillance des examens numériques permettent de surveiller aussi bien les examens à distance que les épreuves en salle. Il existe différents types, solutions et plans de proctoring, que chaque établissement choisit selon ses besoins.
Grâce au proctoring, les universités, établissements scolaires, organismes de formation et institutions peuvent garantir l’intégrité de leurs processus d’évaluation.
Ces solutions peuvent signaler toutes sortes de comportements suspects, des conversations devant l’ordinateur à la présence de tiers pendant l’examen, en passant par l’usurpation d’identité et l’utilisation de chatbots comme ChatGPT ou de documents non autorisés.
Comment fonctionne le proctoring ?
Prenons l’exemple de SMOWL, développée par Smowltech, et de ses deux approches de surveillance de l’ordinateur. D’un côté, Browser Lock, une fonctionnalité qui s’active avec SMOWL EXTENSION et limite les actions de l’étudiant à l’écran de l’examen.
De l’autre, Computer Monitoring, avec SMOWL CM, qui laisse l’étudiant utiliser librement son ordinateur tout en enregistrant ses actions pendant l’examen et en signalant celles qui ne sont pas autorisées.
Selon leurs besoins, les établissements peuvent combiner l’une de ces deux options avec la surveillance par webcam, la captation audio et l’authentification des utilisateurs dans les plans destinés aux évaluations à distance. Il est aussi possible de surveiller l’environnement avec une caméra externe dans les plans les plus complets.
Le plan conçu pour les examens numériques en salle, SMOWL CLASS, n’inclut pas ces options (sauf si elles sont nécessaires), car le surveillant présent dans la salle peut assurer ces fonctions.
SMOWL ne prend aucune décision académique : la solution fournit des rapports détaillés, avec les preuves des incidences, pour que les examinateurs décident de la suite à donner.
Plan d’action à court terme contre la fraude académique liée à l’IA
Le gouvernement australien a défini un plan de mesures à court terme pour faire face aux risques que l’IA fait peser sur l’intégrité académique. Il peut servir de référence aux établissements du monde entier. Voici les étapes immédiates :
- Connaître les capacités de l’IA : le guide souligne l’importance de connaître les nouvelles technologies et invite tous les professionnels de l’enseignement à utiliser les outils émergents pour bien les comprendre.
- Distinguer l’IA générative des autres outils d’aide : le plan compare l’IA générative, très facile à utiliser, à une calculatrice, qui exige des connaissances en mathématiques ; d’où l’importance de ne pas généraliser lorsqu’il s’agit de sanctionner l’usage d’outils numériques.
- Limiter le recours aux détecteurs de contenu généré par IA : ces outils se sont révélés peu fiables. Le guide cite l’exemple d’un détecteur qui a attribué la Bible à ChatGPT.
- Suivre et analyser la fraude académique : même si la mise à jour des politiques, processus et systèmes des établissements prend du temps, le guide recommande de suivre et d’analyser les tentatives et les cas de malhonnêteté académique.
- S’appuyer sur des experts : à mesure que l’IA évolue, le gouvernement australien recommande d’écouter les spécialistes de l’intégrité académique, des technologies éducatives et de l’intelligence artificielle, en direct comme à travers les articles, guides et podcasts disponibles en ligne. Big Smowl Talks, par exemple, est une série d’entretiens vidéo de Smowltech (en anglais) avec des voix expertes du secteur éducatif.
- Associer les étudiants : le point de vue des étudiants, en tant qu’utilisateurs de l’intelligence artificielle, est précieux pour en encadrer l’usage.

Conclusion
Les nouvelles technologies, et en particulier l’intelligence artificielle, jouent un rôle central à l’ère de l’éducation numérique.
Les nouvelles formes de malhonnêteté académique représentent un défi pour les écoles, les universités et, plus largement, pour toutes les institutions et organisations qui, si elles ne combattent pas la fraude, s’exposent à des conséquences indésirables.
Un contrôle insuffisant de l’intégrité académique peut, nous l’avons vu, déclencher des crises de réputation et des litiges, entraîner des sanctions et causer d’importantes pertes économiques.
La proactivité est décisive. C’est pourquoi de plus en plus d’établissements se tournent vers des solutions comme la surveillance des examens numériques, capables de repérer les formes de triche d’aujourd’hui et de demain.
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